À partir du n° 12 d'ALKEMIE, les parutions
sont assurées par CLASSIQUES GARNIER.

Classiques Garnier
« Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire
projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les
deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de
la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera
pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective
unitaire plus stimulante encore. » (N. Cavaillès)


   

Numéros parus

Numéros à paraître

   
 N° 1 : Métaphore et concept N° 17 : L'ennui (présentation en ligne)
 N° 2 : Le fragmentaire N° 18 : La mort (sous presse)
 N° 3 : L'autre N° 19 : La mélancolie (terme limite : 1er janvier 2017)
 N° 4 : Le rêve N° 20 : L'imaginaire (terme limite : 1er juillet 2017)
 N° 5 : Le vide N° 21 : L'utopie (terme limite : 1er janvier 2018)
 N° 6 : Cioran N° 22 : La faute (terme limite : 1er juillet 2018)
 N° 7 : La solitude  
N° 8 : Le mal (présentation en ligne)  
N° 9 : L'être (présentation en ligne)  
N° 10 : Le destin (présentation en ligne)  
N° 11 : Le bonheur (présentation en ligne)  
N° 12 : Les mots (présentation en ligne)  
N° 13 : Le silence (présentation en ligne)  
N° 14 : L'oubli (présentation en ligne)  
N° 15 : L'éros (présentation en ligne)  
N° 16 : Le paradoxe (présentation en ligne)  
   

• Les personnes qui souhaitent soumettre un texte à la revue sont invitées à lire les indications suivantes.



Actualités

« La philosophie antique, […] devrait encore rester une école de vie, de toute première importance, de tout premier plan, de tout premier choix. »

Entretien avec Marie-Hélène GAUTHIER réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR


Marie-Hélène Gauthier - Photo © Dominique HouyetMarie-Hélène Gauthier, ancienne élève de l'ENS de Fontenay-aux-Roses, agrégée de philosophie, est Maître de Conférences Habilité à Diriger des Recherches à l'Université de Picardie Jules-Verne (où elle enseigne à l'UFR des Arts). Elle est l'auteur d'ouvrages et articles sur Aristote, mais aussi d'esthétique littéraire, et notamment de la Poéthique : Paul Gadenne, Henri Thomas, Georges Perros, paru aux éditions du Sandre, en 2010, et plus récemment de L'amitié chez Aristote : une mesure de l'affect, éditions Kimé, septembre 2014. Elle est membre du Centre de recherches en Arts et Esthétique (C.R.A.E.), http://cr.ae.free.fr





Mihaela-Genţiana Stănişor : Vous avez consacré des livres à la philosophie antique, surtout à Aristote. Quels seraient, selon vous, les mérites d'Aristote grâce auxquels il est encore actuel ?

Marie-Hélène Gauthier : Depuis mon tout premier ouvrage, ma thèse, consacrée à la référence à l'âme prise comme modèle impensé, peut-être même impensable, de ce qu'on appelle l'hylémorphisme aristotélicien, qui est la conception la plus aiguë des rapports de la forme et de la matière, dans la pensée du Stagirite, et le texte de la Métaphysique en particulier, un fil continu s'est déroulé, qui a orienté, même si de façon bien sinueuse, et sans prédétermination réfléchie, l'ensemble des travaux ultérieurs. Cette présence du schème de l'âme conduisait à interroger la place de la sensorialité et des facultés qui lui sont corrélées (imagination, mémoire, etc.). Un déplacement graduel de la métaphysique vers la physique, la biologie, l'embryologie, puis l'éthique, a peut-être offert l'occasion de creuser cet impact conceptuellement génétique de l'affectivité, et d'en mesurer l'importance au sein d'une pensée extrêmement complexe, riche, déployée dans tous les secteurs ou presque de la réflexion scientifique, philosophique, éthique, esthétique. On connaît bien l'ontologie d'Aristote, sa psychologie, ses éthiques, son Organon, et l'on retient de lui souvent qu'il est le théoricien le plus systématique des règles de la discursivité scientifique. Iris Murdoch le désigne comme le « Shakespeare de la science ». Mais l'on voit peut-être moins le regard permanent en direction du sensible phénoménal, et surtout, de la sensibilité émotive, et de la forme que celle-ci peut prendre dès qu'un rapport à l'altérité est enveloppé. Or, il me semble que si tout le courant de l'anthropologie philosophique, Gadamer, Ricoeur, Arnold Gehlen, Günther Anders, Martin Buber, et j'en oublie certainement, ont pu redécouvrir cette importance primordiale de la dialogicité, c'est peut-être en raison de cette primauté de l'intuition de l'autre qui se donne chez Aristote dès le premier chapitre du livre VIII sur l'amitié, dans l'Éthique à Nicomaque. Aristote y écrit clairement que lorsqu'un homme part en voyage, et donc hors du cadre de la cité qui était le cadre identitaire de référence pour l'homme de la Grèce antique, et s'il vient à rencontrer un autre homme, il ressent immédiatement le familier de l'humain en lui, la parenté du genre humain, il le perçoit comme oikeion, proche, relevant d'une maisonnée commune. Ce qui est à penser à travers l'affect privilégié de la douceur, dont Jacqueline de Romilly a dressé un historique remarquable, La douceur dans la pensée grecque (Paris, Hachette, « Pluriel » 1995), faisant sa place à la dimension morale là où les interprètes de la philosophie antique, et d'Aristote en particulier, font toujours valoir le primat de la lecture politisante, et montrant comme Aristote pourrait bien être à l'origine du jus gentium. (…) Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 17 d'ALKEMIE…




« La nouvelle, c'est un peu ça : on entre par effraction dans la vie de gens et on en sort sur la pointe des pieds. »

Entretien avec Michel LAMBERT réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR


Michel LambertÉcrivain belge, Michel Lambert a obtenu le prix Rossel pour son roman Une vie d'oiseau (Éditions de Fallois/L'Âge d'Homme, 1998) et le prix triennal du roman pour La Maison de David (Éditions du Rocher, 2003). Il est également l'auteur de nombreux recueils de nouvelles dont De très petites fêlures, L'Âge d'Homme, 1997, qui a remporté le prix de l'Union des Éditeurs de langue française en 1988 ; Les Préférés, Julliard, 1995, Prix de la nouvelle francophone de l'Académie royale de Belgique ; Soirées blanches (Le Rocher, 1998) ; La troisième marche, Éditions du Rocher, 1999 ; Une touche de désastre, Éditions du Rocher, 2006, Grand Prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres ; aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, Dieu s'amuse (prix Ozoir'Elles), Le Métier de la neige (2013), Quand nous reverrons-nous ? (2015). Traduit dans de nombreuses langues, il est également le cofondateur du prix Renaissance de la nouvelle.





Mihaela-Genţiana Stănişor : Qu'est-ce que la nouvelle pour vous ?

Michel Lambert : Question difficile. À ce jour, personne n'est parvenu à donner une définition de la nouvelle qui fasse l'unanimité. En général, on se réfère à la brièveté du récit. Mais c'est là négliger le rythme, la respiration propre d'un genre tout à fait spécifique. À cela s'ajoute que ce genre a fortement évolué depuis le XIXe siècle, époque où la nouvelle de langue française s'illustrait de manière remarquable dans les textes de Maupassant et d'autres auteurs. Comme ces textes étaient souvent publiés une première fois dans des journaux et des revues, les auteurs devaient accrocher d'emblée le lecteur, afin de ne pas déranger les habitudes de lecture des clients de la presse. Il y avait donc une montée progressive de la dramatisation, un point culminant, dit de crise, ou encore de bascule, à la suite duquel plus rien n'était pareil, et enfin une fin mourante qui s'acheminait vers la chute, laquelle tantôt confirmait ce que l'auteur avait suggéré tout le long de son récit, tantôt, par une pirouette brutale ou comique, l'infirmait tout à fait. Aujourd'hui, les nouvellistes sont très peu publiés dans les journaux, ce qui les libère de certaines contraintes. Si bien qu'on assiste à l'émergence de nouvelles où peu de choses se passent, où c'est le personnage lui-même qui se passe, évoluant par seuils invisibles, dans un schéma de construction par sédimentations successives ou de déconstruction par une érosion quasi permanente. C'est dire que, dans ce type de nouvelles, les événements sont souvent ténus et les personnages peu nombreux. L'affaire est réglée en très peu de temps. Le silence règne en maître. Tout est de l'ordre du secret, de l'intime. Un exemple concret : je dois me rendre à un rendez-vous, mais je suis un peu en avance. J'entre dans un café, prend place à une table. À la table voisine, un homme et une femme, apparemment un couple. J'entends quelques phrases échangées, une tension entre eux. Je tends l'oreille pour en savoir un peu plus, mais les informations que je recueille, hors de leur contexte, ne m'apprennent pas grand-chose. Comme je dois me rendre à mon rendez-vous, je paie et me retrouve dans la rue avec une tranche de vie, une histoire trouée dont je ne connaîtrai jamais ni le début ni la fin, pas plus que je ne connaîtrai le devenir du couple, ni de chaque membre de ce couple. La nouvelle, c'est un peu ça : on entre par effraction dans la vie des gens et on en sort sur la pointe des pieds. (…) Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 16 d'ALKEMIE…





Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR : « Il n'y a pas d'expérience littéraire ou philosophique sans style. »


(Entretien conduit par Aymen Hacen, "La Presse de Tunisie")

« Avec trois numéros déjà parus et deux autres annoncés (Le rêve et Le vide), vous lancez un projet qui peut sembler aussi audacieux que substantiel. Comment Răzvan Enache, votre codirecteur de publication, et vous-même avez-vous pensé et mis en place ce projet ?

L'idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m'est pas venue tout d'un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m'ont conduite vers ce projet intéressant, j'espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m'ont amenée à publier cette revue : d'abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l'étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m'a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J'ai vécu cela comme une provocation : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir. »  Lire tout l'article...




Arguments


L'idée d'une revue francophone internationale embrassant littérature et philosophie a le grand mérite de proposer une perspective transdisciplinaire : elle est d'autant plus bienvenue que, sans parler des œuvres littéraires à dimension philosophique (d'Homère à Kafka), ni des œuvres philosophiques à dimension littéraire (de Sénèque à Nietzsche), il existe, tout particulièrement dans le domaine francophone, avec un Montaigne, avec un Pascal, avec un Cioran, une longue et belle tradition de plumes qui ont refusé les dogmes séparés pour s'installer dans l'unité qui est celle de la pensée humaine.

Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust), forte de l'autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu'Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l'existence humaine, son langage : la vérité du monde s'exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective unitaire plus stimulante encore.

Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.

Nicolas Cavaillès



Comme dans la plupart des secteurs de la pensée, nous assistons à une atomisation du savoir humain, sans doute nécessitée par la progression même de la recherche scientifique, s'aventurant de plus en plus loin dans les zones inconnues, apparemment inconnaissables de l'esprit. C'est là que les frontières entre les disciplines se touchent, s'effacent même, c'est l'immense lieu de rencontre où la philosophie, dans le sens de la sagesse antique, et la poésie, exploratrice de l'imaginaire, se donnent rendez-vous, rejoignant également la pensée théologique, la science de Dieu, de la Parole et de l'Écriture.

Eugène Van Itterbeek


Les relations entre la littérature et la philosophie ont depuis toujours nourri les réflexions des créateurs, qu'ils soient philosophes ou hommes de lettres. Nombreux sont ceux qui prétendaient que la philosophie se distinguait radicalement de la littérature, aussi par la forme que par le contenu. Si la première exprimait la vérité par un langage conceptuel, qui aspire à l'universalité, la deuxième chercherait partout la beauté, se servant dun langage symbolique et métaphorique qui possède un grave substrat personnel. D'autres considéraient que tout est littérature, c'est-à-dire préoccupation pour l'expression et pour le langage. Les œuvres de Nietzsche, Mallarmé, Proust, Joyce révèlent que cette association entre littérature et philosophie est non seulement possible mais encore harmonieuse, tant l'une se nourrit de l'autre. La légitimité d'un tel rapport est prouvée historiquement par l'ancienne unité de la poésie et de la philosophie. Le problème de la relation art et philosophie préoccupait Nietzsche qui écrivait dans Le Livre du philosophe : « Grand embarras de savoir si la philosophie est un art ou une science. C'est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science. » Lire tout l'article...

Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR
Răzvan ENACHE




Mots-clefs : métaphore et concept, le fragmentaire, l'autre, le rêve, le vide, Cioran, la solitude, le mal, l'être, le destin, le bonheur