À partir du n° 12 d'ALKEMIE, les parutions
sont assurées par CLASSIQUES GARNIER.

Classiques Garnier
« Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-
littéraire projette une lumière originale, féconde,
enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ;
mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces
deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager
la reconnaissance d'une perspective unitaire
plus stimulante encore. »

(N. Cavaillès)

Numéros parus ou à paraître

   
 N° 1 : Métaphore et concept N° 17 : L'ennui (présentation en ligne)
 N° 2 : Le fragmentaire N° 18 : La mort (présentation en ligne)
 N° 3 : L'autre N° 19 : La mélancolie (présentation en ligne)
 N° 4 : Le rêve N° 20 : L'imaginaire (présentation en ligne)
 N° 5 : Le vide N° 21 : L'utopie (présentation en ligne)
 N° 6 : Cioran N° 22 : La faute (en préparation)
 N° 7 : La solitude N° 23 : L'amitié (terme limite : 1er janvier 2019)
N° 8 : Le mal (présentation en ligne) N° 24 : L'exil (terme limite : 1er juillet 2019)
N° 9 : L'être (présentation en ligne) N° 25 : La poésie (terme limite : 1er janvier 2020)
N° 10 : Le destin (présentation en ligne) N° 26 : L'âme (terme limite : 1er juillet 2020)
N° 11 : Le bonheur (présentation en ligne) N° 27 : Le temps (terme limite : 1er janvier 2021)
N° 12 : Les mots (présentation en ligne) N° 28 : L'horrible (terme limite : 1er juillet 2021)
N° 13 : Le silence (présentation en ligne) N° 29 : Le moi (terme limite : 1er janvier 2022)
N° 14 : L'oubli (présentation en ligne)  
N° 15 : L'éros (présentation en ligne)  
N° 16 : Le paradoxe (présentation en ligne)  
 
• Les personnes qui souhaitent soumettre un texte à la revue sont invitées à lire les indications suivantes
 
   


Actualités

« Nous avons une responsabilité envers ceux
que nous avons aimés à travers leurs mots. »

Entretien avec Stéphane BARSACQ réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR

Stéphane Barsacq - © DRNé en 1972, Stéphane Barsacq est écrivain, éditeur et journaliste. Il a publié, entre autres, des essais sur la musique (Johannes Brahms, Actes Sud, 2008), la philosophie (Cioran, Éjaculations mystiques, Seuil, 2011) et la poésie (Rimbaud, Celui-là qui créera Dieu, Seuil, 2014, En présence d'Yves Bonnefoy, Éditions de Corlevour, 2017). Il a également dirigé une collection pour les éditions Tallandier, et a été directeur littéraire chez Robert Laffont. Il a rejoint Albin Michel en 2009 et y travaille aujourd'hui. Il publie dans diverses revues : Europe, Commentaire ou La Quinzaine littéraire.
Au cours de sa carrière d'éditeur, il a sollicité et édité des ouvrages, parmi d'autres, d'Eliette Abécassis, Yves Bonnefoy, Michel Delon, Philippe Noiret, Philippe Sollers ou Salah Stétié. Il est notamment à l'origine d'ouvrages sur Bach, Diderot, Mozart, le marquis de Sade ou Marie-Antoinette, ainsi que sur le XVIIIe siècle français.
Il est l'auteur du roman Le Piano dans l'éducation des jeunes filles, publié chez Albin Michel, en 2016. Il signe aussi la préface de nombreux livres dont François d'Assise, La Joie parfaite, Le Seuil, 2008, Simone Weil, Le Ravissement de la raison, Seuil, 2009, Ainsi parlait De Gaulle, Albin Michel, 2010, Romain Rolland, Vie de Tolstoï, Albin Michel, 2010, Armel Guerne, L'Âme insurgée, Écrits sur le romantisme, Seuil, 2011, Arthur Rimbaud, Poésies. Une saison en enfer, Illuminations, Diane de Selliers, 2015, André Suarès, Contre le totalitarisme, Les Belles Lettres, 2017.


Mihaela-Genţiana Stănişor : Vos préoccupations et vos publications visent essentiellement trois domaines : la poésie, la musique et la philosophie. Vous leur avez consacré des ouvrages importants. Comment choisissez-vous les auteurs sur lesquels travailler ?

Stéphane Barsacq : Je vous remercie d'avoir si bien cerné mes passions. Je ne sais si je choisis tel ou tel sujet, tel ou tel auteur, ou si ce ne sont pas eux qui me choisissent. J'ai la chance de ne dépendre que de moi-même?: je ne suis pas un spécialiste de quoi que ce soit - ce serait faillir que de me spécialiser, d'autant que les spécialistes sont rarement connaisseurs de leur spécialité, j'ai pu le vérifier à chacun de mes livres -, et je ne fais pas carrière. M'intéressent les sujets qui m'ont bouleversé. Je veux saisir pourquoi ils ont été si forts pour moi, ressentir une nouvelle fois leur onde de choc, la transmettre. Chacun de mes livres correspond à une stèle plantée par amitié. J'ai essayé d'unir les contraires, de mettre en correspondance des plans opposés, de viser le cour de l'invisible, ou, dit autrement, de mettre des mots sur des états extrêmes. Poésie, musique, philosophie ? Ces trois sœurs, chacune à leur façon, nous entretiennent de la possibilité d'être humain dans un monde déshumanisé et qui se vante de l'être avec une jubilation cocasse. Elles permettent de franchir les abîmes, mieux : de ressentir des extases. Sans doute ne servent-elles à rien, et aujourd'hui, dans un monde dévoré par la technique moins que jamais, mais telle est leur noblesse. N'est nécessaire, devrais-je dire, que ce qui ne sert à rien. À rien sauf à être. (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 21 d'ALKEMIE




« En définitive, qu'ai-je été, sinon un homme qui remplit des carnets ? »

Entretien avec Roland JACCARD réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR

Roland Jaccard - Crédits © Hannah AssoulineMihaela-Genţiana Stănişor : La revue Quarto vient de vous consacrer un numéro. Dix auteurs signent des articles sur vos différentes facettes : journaliste, psychanalyste, diariste, critique, ami, homme. On dirait que ces auteurs se donnent la main pour faire le lecteur découvrir la personnalité complexe et contradictoire de Roland Jaccard. Cet impressionnant hommage collectif nuit-il à l'injonction de votre ami, Cioran : « Laisser une image incomplète de soi. » ?

Roland Jaccard : Ce Quarto a été pour moi une bonne et une mauvaise surprise. Je ne m'y attendais pas. Je n'étais au courant de rien. Pire : jamais, au grand jamais, je n'aurais imaginé que les Archives Littéraires et la Bibliothèque Nationale Suisse prendraient un jour au sérieux mes divagations. Je m'en détache si aisément - tout en sachant que j'ai un certain don pour l'écriture - que je n'y accorde pas vraiment de valeur : que suis-je à côté de Benjamin Constant (pour citer un Lausannois dont je me suis senti proche), de Proust, de Schnitzler ou de Thomas Bernhard ? À peine ce que les cinéastes hollywoodiens qualifient de « second couteau » ! Quelle surprise donc que cette intronisation ! Et quelle mauvaise surprise du même coup d'apprendre que les jeux sont faits, que l'on rembobine le film et que l'heure de fermeture a sonné pour moi : Station terminale. Quant à l'image que je laisserai de moi, je ne m'en suis jamais beaucoup soucié, sachant qu'elle sera forcément incomplète et si vite oubliée. Pouvoir vivre de ma plume et jouir de ma liberté.je n'en demandais pas plus ! (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 20 d'ALKEMIE




« Traduire un poème, c'est nécessairement écrire un poème. »

Entretien avec Jean PONCET réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR

Jean Poncet - Crédits © Said DelhaviJean Poncet est né à Marseille en 1949. Méditerranéen tout autant qu'Européen, il partage son temps entre sa ville natale et des terres plus lointaines, en Europe, Asie, Océanie, où il a passé, comme diplomate, plus d'un quart de siècle. Poète et linguiste, il a publié sept recueils de poésie - dont certains ont été traduits en anglais, chinois, croate, roumain ou italien - et il a traduit nombre de poètes roumains et anglophones. Son anthologie consacrée à Lucian Blaga, la plus importante à ce jour en langue française, lui a valu plusieurs prix littéraires en Roumanie. En 1997, il a obtenu le Prix Lucian Blaga pour l'ensemble de son travail sur la poésie roumaine. Il est membre honoris causa de l'Union des écrivains de Roumanie. Il a collaboré à la revue SUD de 1988 à 1997, puis été membre, jusqu'en 2011, du Conseil de rédaction des revues Autre SUD et PHONIX, qu'il a contribué à fonder. Parmi ses œuvres, nous citons : Katiouchka, Éditions du Marais, 1974 ; Il faut lutter, Maison rhodanienne de poésie, 1991 ; Chemin de lune, Encres Vives, 1997 ; Poeme / Poèmes, Cogito, 1997 ; Lanuri de dragoste arse / Champs d'amour brûlés, Helicon, 1997 ; Des lieux et des hommes, Éditions des Moires, 1998 ; Rythme shetlandais, Encres Vives, 2013 ; Lumière du silence, Jacques André éditeur, 2013 ; Poèmes gyrovagues, Tipaza, 2013. Parmi ses traductions du roumain : Lucian Blaga ou Le chant de la terre et des étoiles, Sud, 1996 (Grand prix du salon du livre d'Oradea 1996) ; Lucian Blaga, Poezii / Poésies, Libra, 1997 (Grand prix de la ville de Cluj, 1997, Prix spécial de la traduction du Festival Lucian Blaga de Cluj, 1998) ; Voix de Roumanie, SUD, 1997 ; Lucian Blaga, Poemele luminii / Les Poèmes de la lumière, Jacques André éditeur et Editura ?coala Ardeleana, 2016. Et de l'anglais : Desmond Egan, Holocauste de l'automne, Alidades, 1998 ; Anjum Hasan, Carnets de Bangalore, Encres Vives, 2012 ; Billy Childish, C'est ça qui me plaît et tant pis pour les emmerdeurs, Gros Textes, 2014.


Mihaela-Genţiana Stănişor : Vous êtes à la fois poète et traducteur de poésie. On dit que seul un poète peut traduire la poésie. Qu'en pensez-vous ?

Jean Poncet : Il y a quelques mois, au Salon du Livre de Paris, déambulant parmi les ouvrages exposés au pavillon de la Roumanie, mon regard fut attiré par un titre de Lucian Blaga que je ne connaissais pas, Aforisme (Bucarest, Humanitas, 2008), probablement un recueil d'extraits de diverses œuvres du poète-philosophe. Et, ouvrant au hasard le livre à la page 216 - oui, le hasard existe ! -, le traducteur de Blaga que je suis tombait sur l'affirmation suivante : « S'agissant de l'art de la traduction dans le domaine poétique, on ne peut dire que ceci : un texte à traduire doit devenir prétexte à création. » J'ignore dans quel contexte Blaga a écrit cette phrase et je m'abstiendrai donc de toute exégèse non fondée. Je ne saurais, pour ma part, réduire le texte à traduire à un « prétexte ». En revanche, je revendique sans aucune hésitation la dimension créative de la traduction, tout particulièrement de la traduction poétique.
Traduire un poème, c'est nécessairement écrire un poème. Un poème qui, bien sûr, doit demeurer le plus possible celui de l'auteur, mais qui ne peut pas ne pas être aussi un peu celui du traducteur. C'est la raison pour laquelle je prétends que seuls les poètes peuvent traduire de la poésie et j'ajoute - parce que je vois trop d'exemples malheureux du contraire - que, sauf circonstances personnelles rarissimes, ils ne peuvent le faire que vers leur langue maternelle, celle qui chante dans l'intimité de leur être. (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 20 d'ALKEMIE




« Si la Roumanie porte en elle une humanité mythique, c'est au nom de cette vocation à border le nihilisme occidental par un épaississement du temps et de l'espace qui désarme l'activisme ordinaire. »

Entretien avec Bruno PINCHARD réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR

Bruno Pinchard - Crédits © Marie AubertBruno Pinchard, né en 1955, est écrivain et philosophe. Ancien élève de l'École Normale Supérieure et de la Scuola Normale Superiore de Pise, il est professeur des universités d'abord à l'université de Tours-François-Rabelais, puis, à partir de 2003, au sein de l'Université Jean-Moulin Lyon 3. D'abord directeur de l'École doctorale de philosophie de la Région Auvergne-Rhône, il est désormais doyen de la Faculté de philosophie de l'université Jean Moulin-Lyon 3. En 2007, il a été fait chevalier des Palmes académiques « pour services rendus à l'Éducation Nationale ». Il est le président de la prestigieuse Société Dantesque de France qu'il a fait renaître.

Penseur de l'humanisme, traducteur notamment de Savonarole, interlocuteur de René Thom, philosophe de la musique, Bruno Pinchard a développé une œuvre aussi puissante qu'originale. De manière décisive, il a contribué à renouveler la métaphysique contemporaine à partir d'une relecture de la pensée européenne depuis la Renaissance. Parmi ses œuvres citons notamment : Métaphysique et sémantique. Autour de Cajétan (Paris, Vrin, 1987) ; La Raison dédoublée. La fabbrica della mente (Paris, Aubier, 1992) ; Le Bûcher de Béatrice, essai sur Dante (Paris, Aubier, 1996) ; Méditations mythologiques (Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2002) ; Recherches métaphysiques. Philosophie française contemporaine (édition bilingue, Tokyo, Nihon University Press, 2009) ; Philosophie à outrance, cinq essais de métaphysique contemporaine (Bruxelles, EME, 2010) ; Rovesciamenti e rotazioni, Due saggi di metafisica contemporanea, a cura di Luigi Francesco Clemente (Nuovi Orizzonti, San Benedetto del Tronto, 2011) ; Métaphysique de la destruction (Louvain, Peeters, 2011) ; Marx à rebours (Paris, Kimé, 2014), Écrits sur la raison classique (Paris, Kimé, 2015). À paraître, Philosophie de l'initiation (Paris, Dervy, 2016).


Volte-face à l'Est

Avant de répondre à vos questions selon un ordre que je me réserve, je voudrais faire de ces quelques pages l'occasion d'un éclaircissement de la relation que j'entretiens avec la Roumanie. Rien ne me destinait à la Roumanie, si ce n'est un culte familial pour le pianiste Dinu Lipatti. Mais en 2005, j'ai été invité à Craiova, puis à Bucarest et soudain j'ai vu l'immensité qu'on nomme Roumanie, j'ai fait mes premiers pas dans les paysages et les villes qui allaient me devenir non seulement familiers, mais presque définitifs. Il n'y a que la Chine qui me retienne pareillement. Je me sens appelé par la détresse des anciens glacis du communisme national. J'y retrouve mon goût tout romain pour les empires défaits et la puissance jetée aux ruines. Je crois surtout que je ne me remets pas du passage, d'une brutalité inouïe, qui aura enchaîné une paysannerie encore médiévale aux idéaux collectivistes du socialisme. J'y répète sans me lasser l'épouvantable instauration de la science moderne en règle technique du monde. En somme, j'observe, à même les territoires et les architectures, les prouesses conjuguées des ingénieurs et des politiques, et je ne me lasse pas de souffrir avec les plantes, les bêtes et les hommes qui ont subi cette révolution dite « humaniste » ! Pascal y aurait vu les traces du Péché originel, felix culpa, qui a tourné au drame. Je me tiens au milieu des baraquements d'une révolution industrielle manquée avec le sentiment de toucher du doigt le péché originel de la mathématisation de la nature qui tourne en système de l'égalité autoritaire. J'y approfondis une conscience toute classique devant un désastre annoncé et largement engagé.

Mais aujourd'hui la Roumanie est la chair de ma chair, je l'habite plusieurs mois par an, je vis d'elle, je m'en nourris, je m'y fais soigner, j'y travaille, j'y bois et j'y dors. L'amour s'en est mêlé et je connais des secrets de l'âme roumaine que personne ne dira jamais et qui font la richesse de ceux qui ont consenti en tout à cette terre, au risque d'une ruine certaine et d'une apothéose très réservée. Il n'y a pas l'un sans l'autre et ce n'est pas sans un serrement de cœur que je vois les Français, mes compatriotes, courir à leur destin de misère, entre rationalisation forcée et surveillance consentie car je sais que l'histoire leur impose désormais un dépouillement qu'ils n'ont cessé de rêver pour les autres. Mais cette fois, la peur et le sang sont à leur porte. Un regard soutenu vers la Roumanie leur aurait épargné bien des désillusions, ils n'auraient pas oublié si facilement les conséquences de leurs pronostics aventureux. Mais pour cela il aurait fallu qu'ils s'attachent un peu sérieusement au sort de leurs propres paysans. Ils se sont laissés distraire par des guerres coloniales qui tournent mal. Cette campagne qui est morte en France dans les tranchées de 14 est encore présente en Roumanie, malgré les vagues successives de la collectivisation autoritaire. C'est pourquoi je juge maintenant le monde depuis la campagne roumaine. (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 19 d'ALKEMIE




« On investit l'écrivain d'un rôle, on en fait une forme de caution intellectuelle plus ou moins gravée dans le marbre, une conscience. »

Entretien avec Thierry GILLYBŒUF réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR

Thierry GillybœufThierry GILLYBŒUF, entomologiste de formation, a d'abord enseigné en pays mauriacien, puis il est entré dans une administration militaire. Écrivain et traducteur, il préface, annote et/ou traduit plus d'une centaine de titres, chez une trentaine d'éditeurs, et sous une vingtaine de pseudonymes différents. Il a eu le privilège de contribuer à l'organisation de trois colloques à Cerisy, de codiriger un cahier de l'Herne, et de collaborer à plusieurs revues (Europe, Le Nouveau Recueil, La Polygraphe, C.C.P., Friches, Po&sie, Le Matricule des Anges.). Les auteurs sur lesquels il a le plus travaillé sont Remy de Gourmont, Georges Perros, E. E. Cummings, William Carlos Williams, Leonardo Sinisgalli, Henry David Thoreau, Marianne Moore, Italo Svevo, Pico Iyer, Herman Melville, Edgar Allan Poe.
Plusieurs ouvrages collectifs ont paru sous sa responsabilité autour de Remy de Gourmont (Cahiers de l'Herne), Georges Perros (La Termitière) et E. E. Cummings (Plein Chant). Il est l'auteur, entre autres, des livres : La création poétique de Remy de Gourmont : Du symbole au Jammisme, Rumeur des Âges, 1994, Thornton Wilder, Belin, 2001, Georges Perros, La Part Commune, 2003, Henry David Thoreau, Le célibataire de la nature, Fayard, 2012.
Il prépare une biographie de Remy de Gourmont et un essai sur Herman Melville.


Mihaela-Genţiana Stănişor : En parcourant votre biographie, on voit comment vous avez changé de formation et de préoccupation. Votre activité actuelle vient-elle compléter vos préoccupations antérieures ou représente-t-elle une sorte d'évasion ?

Thierry Gillybœuf : Je pense que votre question ne porte pas sur ma profession « officielle » - j'espère ne pas me fourvoyer en l'interprétant ainsi - mais plutôt sur la bifurcation de la biologie à la littérature à laquelle pourrait faire croire mon curriculum vitæ. Les choses sont à la fois plus simples et plus compliquées. J'ai suivi des études de biologie, après deux échecs au concours vétérinaire, qui constitue l'une de mes deux passions les plus anciennes avec la lecture. Je n'ai jamais envisagé la littérature comme un « métier » possible. Mais une expérience de la recherche en biologie de quelques mois a achevé de me convaincre que ce domaine relevait d'un sacerdoce que je n'étais pas disposé à embrasser. J'ai donc travaillé quelques années comme enseignant, puis comme documentaliste, et aujourd'hui, je goûte à ce que Melville appelait « la solitude philosophique du bureau du secteur ». C'est un pis-aller nécessaire, car je me retrouve à la tête d'une patchwork family de six enfants, et qu'il faut bien vivre.
Pour autant, je n'ai pas totalement délaissé la biologie. Je peux rester fasciné par les merveilleux documentaires animaliers de la B.B.C., et j'aborde ce domaine autrement, à travers ma lecture d'auteurs tels que Stephen Jay Gould, Jean-Christophe Bailly, Jakob von Uexküll, Caspar Henderson, etc., qui, pour le coup, s'inscrivent dans le prolongement de ce centre d'intérêt dont je ne me suis jamais éloigné, en m'amenant à repenser le vivant. J'ai lu, dans un court texte de Magris, malheureusement inédit en français, qu'enfant, il avait « commencé à "écrire" en recopiant dans les encyclopédies des articles sur des animaux, par exemple, le morse - en y interposant de micro-historiettes inventées - ou des listes de traités établis dans les siècles passés entre la France et l'Espagne, traités dont je ne comprenais rien, mais dont les noms me fascinaient à cause de leur écho aventureux ». Enfant, je pouvais moi-même passer des heures à établir l'arbre généalogique des dieux de l'Olympe et, surtout, la taxonomie du règne animal. Ces noms aux consonances ésotériques composaient un bestiaire mental dont mon crâne enfantin constituait l'Arche de Noé. Mais je crois aussi que j'ai été inconsciemment sensible à une forme de poésie du langage, à ce que Gourmont appelait « l'ivresse verbale », et que si je n'inventais rien par écrit à partir de ces noms savants, il y avait là, sans doute, l'amorce, l'ébauche d'un imaginaire que j'apprendrais par la suite à façonner par les mots. Maintenant que j'y réfléchis, j'ai très tôt trouvé dans la biologie, sans m'en rendre compte, le vivant (bios) et le langage (logos). (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 18 d'ALKEMIE




« La philosophie antique, […] devrait encore rester une école de vie, de toute première importance, de tout premier plan, de tout premier choix. »

Entretien avec Marie-Hélène GAUTHIER réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR

Marie-Hélène Gauthier - Photo © Dominique HouyetMarie-Hélène Gauthier, ancienne élève de l'ENS de Fontenay-aux-Roses, agrégée de philosophie, est Maître de Conférences Habilité à Diriger des Recherches à l'Université de Picardie Jules-Verne (où elle enseigne à l'UFR des Arts). Elle est l'auteur d'ouvrages et articles sur Aristote, mais aussi d'esthétique littéraire, et notamment de la Poéthique : Paul Gadenne, Henri Thomas, Georges Perros, paru aux éditions du Sandre, en 2010, et plus récemment de L'amitié chez Aristote : une mesure de l'affect, éditions Kimé, septembre 2014. Elle est membre du Centre de recherches en Arts et Esthétique (C.R.A.E.), http://cr.ae.free.fr



Mihaela-Genţiana Stănişor : Vous avez consacré des livres à la philosophie antique, surtout à Aristote. Quels seraient, selon vous, les mérites d'Aristote grâce auxquels il est encore actuel ?

Marie-Hélène Gauthier : Depuis mon tout premier ouvrage, ma thèse, consacrée à la référence à l'âme prise comme modèle impensé, peut-être même impensable, de ce qu'on appelle l'hylémorphisme aristotélicien, qui est la conception la plus aiguë des rapports de la forme et de la matière, dans la pensée du Stagirite, et le texte de la Métaphysique en particulier, un fil continu s'est déroulé, qui a orienté, même si de façon bien sinueuse, et sans prédétermination réfléchie, l'ensemble des travaux ultérieurs. Cette présence du schème de l'âme conduisait à interroger la place de la sensorialité et des facultés qui lui sont corrélées (imagination, mémoire, etc.). Un déplacement graduel de la métaphysique vers la physique, la biologie, l'embryologie, puis l'éthique, a peut-être offert l'occasion de creuser cet impact conceptuellement génétique de l'affectivité, et d'en mesurer l'importance au sein d'une pensée extrêmement complexe, riche, déployée dans tous les secteurs ou presque de la réflexion scientifique, philosophique, éthique, esthétique. On connaît bien l'ontologie d'Aristote, sa psychologie, ses éthiques, son Organon, et l'on retient de lui souvent qu'il est le théoricien le plus systématique des règles de la discursivité scientifique. Iris Murdoch le désigne comme le « Shakespeare de la science ». Mais l'on voit peut-être moins le regard permanent en direction du sensible phénoménal, et surtout, de la sensibilité émotive, et de la forme que celle-ci peut prendre dès qu'un rapport à l'altérité est enveloppé. Or, il me semble que si tout le courant de l'anthropologie philosophique, Gadamer, Ricoeur, Arnold Gehlen, Günther Anders, Martin Buber, et j'en oublie certainement, ont pu redécouvrir cette importance primordiale de la dialogicité, c'est peut-être en raison de cette primauté de l'intuition de l'autre qui se donne chez Aristote dès le premier chapitre du livre VIII sur l'amitié, dans l'Éthique à Nicomaque. Aristote y écrit clairement que lorsqu'un homme part en voyage, et donc hors du cadre de la cité qui était le cadre identitaire de référence pour l'homme de la Grèce antique, et s'il vient à rencontrer un autre homme, il ressent immédiatement le familier de l'humain en lui, la parenté du genre humain, il le perçoit comme oikeion, proche, relevant d'une maisonnée commune. Ce qui est à penser à travers l'affect privilégié de la douceur, dont Jacqueline de Romilly a dressé un historique remarquable, La douceur dans la pensée grecque (Paris, Hachette, « Pluriel » 1995), faisant sa place à la dimension morale là où les interprètes de la philosophie antique, et d'Aristote en particulier, font toujours valoir le primat de la lecture politisante, et montrant comme Aristote pourrait bien être à l'origine du jus gentium. (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 17 d'ALKEMIE




« La nouvelle, c'est un peu ça : on entre par effraction dans la vie de gens et on en sort sur la pointe des pieds. »

Entretien avec Michel LAMBERT réalisé par Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR

Michel LambertÉcrivain belge, Michel Lambert a obtenu le prix Rossel pour son roman Une vie d'oiseau (Éditions de Fallois/L'Âge d'Homme, 1998) et le prix triennal du roman pour La Maison de David (Éditions du Rocher, 2003). Il est également l'auteur de nombreux recueils de nouvelles dont De très petites fêlures, L'Âge d'Homme, 1997, qui a remporté le prix de l'Union des Éditeurs de langue française en 1988 ; Les Préférés, Julliard, 1995, Prix de la nouvelle francophone de l'Académie royale de Belgique ; Soirées blanches (Le Rocher, 1998) ; La troisième marche, Éditions du Rocher, 1999 ; Une touche de désastre, Éditions du Rocher, 2006, Grand Prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres ; aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, Dieu s'amuse (prix Ozoir'Elles), Le Métier de la neige (2013), Quand nous reverrons-nous ? (2015). Traduit dans de nombreuses langues, il est également le cofondateur du prix Renaissance de la nouvelle.


Mihaela-Genţiana Stănişor : Qu'est-ce que la nouvelle pour vous ?

Michel Lambert : Question difficile. À ce jour, personne n'est parvenu à donner une définition de la nouvelle qui fasse l'unanimité. En général, on se réfère à la brièveté du récit. Mais c'est là négliger le rythme, la respiration propre d'un genre tout à fait spécifique. À cela s'ajoute que ce genre a fortement évolué depuis le XIXe siècle, époque où la nouvelle de langue française s'illustrait de manière remarquable dans les textes de Maupassant et d'autres auteurs. Comme ces textes étaient souvent publiés une première fois dans des journaux et des revues, les auteurs devaient accrocher d'emblée le lecteur, afin de ne pas déranger les habitudes de lecture des clients de la presse. Il y avait donc une montée progressive de la dramatisation, un point culminant, dit de crise, ou encore de bascule, à la suite duquel plus rien n'était pareil, et enfin une fin mourante qui s'acheminait vers la chute, laquelle tantôt confirmait ce que l'auteur avait suggéré tout le long de son récit, tantôt, par une pirouette brutale ou comique, l'infirmait tout à fait. Aujourd'hui, les nouvellistes sont très peu publiés dans les journaux, ce qui les libère de certaines contraintes. Si bien qu'on assiste à l'émergence de nouvelles où peu de choses se passent, où c'est le personnage lui-même qui se passe, évoluant par seuils invisibles, dans un schéma de construction par sédimentations successives ou de déconstruction par une érosion quasi permanente. C'est dire que, dans ce type de nouvelles, les événements sont souvent ténus et les personnages peu nombreux. L'affaire est réglée en très peu de temps. Le silence règne en maître. Tout est de l'ordre du secret, de l'intime. Un exemple concret : je dois me rendre à un rendez-vous, mais je suis un peu en avance. J'entre dans un café, prend place à une table. À la table voisine, un homme et une femme, apparemment un couple. J'entends quelques phrases échangées, une tension entre eux. Je tends l'oreille pour en savoir un peu plus, mais les informations que je recueille, hors de leur contexte, ne m'apprennent pas grand-chose. Comme je dois me rendre à mon rendez-vous, je paie et me retrouve dans la rue avec une tranche de vie, une histoire trouée dont je ne connaîtrai jamais ni le début ni la fin, pas plus que je ne connaîtrai le devenir du couple, ni de chaque membre de ce couple. La nouvelle, c'est un peu ça : on entre par effraction dans la vie des gens et on en sort sur la pointe des pieds. (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 16 d'ALKEMIE





Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR : « Il n'y a pas d'expérience littéraire ou philosophique sans style. »


(Entretien conduit par Aymen Hacen, "La Presse de Tunisie")

« Avec trois numéros déjà parus et deux autres annoncés (Le rêve et Le vide), vous lancez un projet qui peut sembler aussi audacieux que substantiel. Comment Răzvan Enache, votre codirecteur de publication, et vous-même avez-vous pensé et mis en place ce projet ?

L'idée de publier une telle revue, écrite complètement en langue française, ne m'est pas venue tout d'un coup. Il y a eu des curiosités intellectuelles qui m'ont conduite vers ce projet intéressant, j'espère, mais assez difficile à réaliser sans le soutien moral et amical des hommes de culture roumains et étrangers auxquels je dois tellement et qui sont assez nombreux pour être tous cités. Je vais évoquer trois points forts qui m'ont amenée à publier cette revue : d'abord, je suis depuis longtemps passionnée par la problématique des relations entre la littérature et la philosophie. Cet intérêt est apparu en lisant. Au lycée déjà, je me suis vouée aux auteurs qui posaient des problèmes, qui passaient comme difficiles. Les auteurs qui déroulaient dans leur littérature, dans leur écriture une philosophie : Mihai Eminescu, Lucian Blaga, Emil Cioran (malheureusement, les deux premiers sont presque inconnus à l'étranger), pour ne nommer que trois créateurs impossibles à classer à cause de cette étroite interdépendance au niveau scriptural entre la poésie et la philosophie. Ensuite, il y a trois ans, monsieur le professeur Ion Dur, spécialiste de Constantin Noïca (philosophe roumain appartenant à la même génération que Cioran), m'a demandé de tenir un cours de littérature et philosophie aux étudiants de la Faculté de Philosophie. J'ai vécu cela comme une provocation : pour la première fois, je pouvais me soumettre au débat et approfondir toute une série de questions qui me préoccupaient et qui visaient les rapports possibles entre les deux disciplines, leurs spécificités, leur évolution historique, leur avenir. »  Lire tout l'article...




Arguments


L'idée d'une revue francophone internationale embrassant littérature et philosophie a le grand mérite de proposer une perspective transdisciplinaire : elle est d'autant plus bienvenue que, sans parler des œuvres littéraires à dimension philosophique (d'Homère à Kafka), ni des œuvres philosophiques à dimension littéraire (de Sénèque à Nietzsche), il existe, tout particulièrement dans le domaine francophone, avec un Montaigne, avec un Pascal, avec un Cioran, une longue et belle tradition de plumes qui ont refusé les dogmes séparés pour s'installer dans l'unité qui est celle de la pensée humaine.

Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust), forte de l'autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu'Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l'existence humaine, son langage : la vérité du monde s'exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective unitaire plus stimulante encore.

Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.

Nicolas Cavaillès



Comme dans la plupart des secteurs de la pensée, nous assistons à une atomisation du savoir humain, sans doute nécessitée par la progression même de la recherche scientifique, s'aventurant de plus en plus loin dans les zones inconnues, apparemment inconnaissables de l'esprit. C'est là que les frontières entre les disciplines se touchent, s'effacent même, c'est l'immense lieu de rencontre où la philosophie, dans le sens de la sagesse antique, et la poésie, exploratrice de l'imaginaire, se donnent rendez-vous, rejoignant également la pensée théologique, la science de Dieu, de la Parole et de l'Écriture.

Eugène Van Itterbeek


Les relations entre la littérature et la philosophie ont depuis toujours nourri les réflexions des créateurs, qu'ils soient philosophes ou hommes de lettres. Nombreux sont ceux qui prétendaient que la philosophie se distinguait radicalement de la littérature, aussi par la forme que par le contenu. Si la première exprimait la vérité par un langage conceptuel, qui aspire à l'universalité, la deuxième chercherait partout la beauté, se servant dun langage symbolique et métaphorique qui possède un grave substrat personnel. D'autres considéraient que tout est littérature, c'est-à-dire préoccupation pour l'expression et pour le langage. Les œuvres de Nietzsche, Mallarmé, Proust, Joyce révèlent que cette association entre littérature et philosophie est non seulement possible mais encore harmonieuse, tant l'une se nourrit de l'autre. La légitimité d'un tel rapport est prouvée historiquement par l'ancienne unité de la poésie et de la philosophie. Le problème de la relation art et philosophie préoccupait Nietzsche qui écrivait dans Le Livre du philosophe : « Grand embarras de savoir si la philosophie est un art ou une science. C'est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science. » Lire tout l'article...

Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR
Răzvan ENACHE




Mots-clefs : métaphore et concept, le fragmentaire, l'autre, le rêve, le vide, Cioran, la solitude, le mal, l'être, le destin, le bonheur