À partir du n° 12 d'ALKEMIE, les parutions
sont assurées par CLASSIQUES GARNIER.

Classiques Garnier
« Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-
littéraire projette une lumière originale, féconde,
enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ;
mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces
deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager
la reconnaissance d'une perspective unitaire
plus stimulante encore. »

(N. Cavaillès)

Numéros parus ou à paraître

   
 N° 1 : Métaphore et concept N° 21 : L’utopie
 N° 2 : Le fragmentaire N° 22 : La faute
 N° 3 : L’autre N° 23 : L’amitié
 N° 4 : Le rêve N° 24 : L’exil
 N° 5 : Le vide N° 25 : La poésie
 N° 6 : Cioran N° 26 : L’âme
 N° 7 : La solitude N° 27 : Le temps
N° 8 : Le mal N° 28 : L’horrible
N° 9 : L’être N° 29 : Le moi
N° 10 : Le destin N° 30 : L’image (terme limite : 1er juin 2022)
N° 11 : Le bonheur N° 31 : La destruction (terme limite : 1er décembre 2022)
N° 12 : Les mots N° 32 : L’Animal (terme limite : 1er juin 2023)
N° 13 : Le silence N° 33 : L’enfance (terme limite : 1er décembre 2023)
N° 14 : L’oubli N° 34 : Le rire (terme limite : 1er juin 2024)
N° 15 : L’Éros N° 35 : L’intime (terme limite : 1er décembre 2024)
N° 16 : Le paradoxe N° 36 : L’aliénation (terme limite : 1er juin 2025)
N° 17 : L’ennui N° 37 : L’angoisse (terme limite : 1er décembre 2025)
N° 18 : La mort N° 38 : Courage / lâcheté (terme limite : 1er juin 2026)
N° 19 : La mélancolie
N° 20 : L’imaginaire
 
Les personnes qui souhaitent soumettre un texte à la revue sont invitées à lire les indications suivantes.
 
   


Actualités

« Savoir rire de soi est le summum de l’humilité, de l’équité et de l’équilibre mental. »

Entretien avec Christiane RANCÉ réalisé par Mihaela-Gențiana STĂNIŞOR

Christiane Rancé Mihaela-Gențiana Stănișor : Vous affirmez à propos de Joubert : « Moraliste ? Décidément pas : c’est à lui-même que Joseph Joubert s’adresse, et c’est lui-même qu’il cherche à mettre au monde […] » (p. 11). Pourtant, il est considéré comme un des grands moralistes français des XVIIe-XVIIIe siècles. Est-il possible de faire un rapprochement entre Joubert et les moralistes du Grand Siècle ?

Christiane Rancé : Nous avons toujours tendance à vouloir créer des catégories, notamment lorsqu’il s’agit d’enseigner l’histoire de l’art. Certes, chaque époque a ses courants et ses écoles et nul ne peut échapper à leurs influences. Si les moralistes ont pu influencer Joseph Joubert c’est sans doute dans son refus de donner des leçons de morale. En confiant à ses cahiers comme à un journal intime les réflexions que lui suggéraient la nature et les mœurs de ses contemporains ; en leur livrant ses états d’âme, ses ambitions artistiques et ses questions sur la matière même de la création et comment la rendre palpable, Joseph Joubert a composé mieux que « du La Bruyère en filigrane » comme l’appelaient les frères Goncourt, une sorte d’autobiographie – celle d’une âme bien plus que celle d’une vie. Il l’a élaborée à la façon d’une mosaïque de miroirs qui captent la lumière et dans le même temps la projettent sur nous, pour nous éclairer. Et c’est bien ce qui distingue les Carnets de Joubert des pensées et maximes des moralistes de son siècle, les Vauvenargues, Chamfort, Diderot, La Fontaine, Lichtenberg ou Chateaubriand. Il n’y a rien de péremptoire ni de condescendant dans ces écrits. Il s’agit plutôt de réflexions, de confidences, de prises à partie au jour le jour sur le ton d’une conversation, de doutes sur l’objet même de sa recherche, de fulgurances nées de son attention aiguë aux autres et au monde, au Cosmos dans ses manifestations les plus ténues – les fleurs, les abeilles à qui il rêvait de ressembler. Ce que Jean Mambrino a appelé « une intimité avec le réel ». Joubert était doté d’un esprit curieux, ouvert, d’un appétit encyclopédique et d’une merveilleuse aptitude au bonheur dans la réponse personnelle qu’il leur apporte : comment, à telle ou telle maxime de Vauvenargues ou de Chamfort pour ne citer qu’eux, puis-je répondre avec ma vie même, à partir de mon expérience ou des questions que l’heure qui passe me pose ? Lorsque je lis Joseph Joubert, et ses Carnets, soit quelque mille trois cents pages, je cherche toujours à faire son chemin à l’envers, à retrouver ou à deviner ce qui a pu l’amener à écrire des phrases aussi splendides, exactes et vraies que celle-ci : « Dieu est le lieu où je ne me souviens pas du reste. » (…)

Lire l'intégralité de l'entretien dans le n° 29 d'ALKEMIE





Arguments


L'idée d'une revue francophone internationale embrassant littérature et philosophie a le grand mérite de proposer une perspective transdisciplinaire : elle est d'autant plus bienvenue que, sans parler des œuvres littéraires à dimension philosophique (d'Homère à Kafka), ni des œuvres philosophiques à dimension littéraire (de Sénèque à Nietzsche), il existe, tout particulièrement dans le domaine francophone, avec un Montaigne, avec un Pascal, avec un Cioran, une longue et belle tradition de plumes qui ont refusé les dogmes séparés pour s'installer dans l'unité qui est celle de la pensée humaine.

Forte du soutien intellectuel des nombreux philosophes qui se sont penchés sur la littérature (de Platon à Derrida) et des nombreux écrivains qui ont servi des thèses et des idées (de Dante à Proust), forte de l'autorité conférée par son ouverture à des philosophes comme à des critiques littéraires aussi distingués qu'Irina Mavrodin, Antoine Compagnon, Sorin Vieru, ou encore Ger Groot, la revue Littérature et philosophie touche au problème décisif de la vérité de l'existence humaine, son langage : la vérité du monde s'exprime-t-elle en concepts, ou en métaphores ? Comme tous les entre-deux, l'espace philosophico-littéraire projette une lumière originale, féconde, enrichissante, sur les deux disciplines rapprochées ; mais, surtout, l'expérience de la confrontation de ces deux modes d'expression ne manquera pas d'encourager la reconnaissance d'une perspective unitaire plus stimulante encore.

Pour avoir moi-même conjugué des recherches philosophiques et littéraires, je suis personnellement honoré et fort impatient de participer à une aventure intellectuelle aussi prometteuse.

Nicolas Cavaillès



Comme dans la plupart des secteurs de la pensée, nous assistons à une atomisation du savoir humain, sans doute nécessitée par la progression même de la recherche scientifique, s'aventurant de plus en plus loin dans les zones inconnues, apparemment inconnaissables de l'esprit. C'est là que les frontières entre les disciplines se touchent, s'effacent même, c'est l'immense lieu de rencontre où la philosophie, dans le sens de la sagesse antique, et la poésie, exploratrice de l'imaginaire, se donnent rendez-vous, rejoignant également la pensée théologique, la science de Dieu, de la Parole et de l'Écriture.

Eugène Van Itterbeek


Les relations entre la littérature et la philosophie ont depuis toujours nourri les réflexions des créateurs, qu'ils soient philosophes ou hommes de lettres. Nombreux sont ceux qui prétendaient que la philosophie se distinguait radicalement de la littérature, aussi par la forme que par le contenu. Si la première exprimait la vérité par un langage conceptuel, qui aspire à l'universalité, la deuxième chercherait partout la beauté, se servant dun langage symbolique et métaphorique qui possède un grave substrat personnel. D'autres considéraient que tout est littérature, c'est-à-dire préoccupation pour l'expression et pour le langage. Les œuvres de Nietzsche, Mallarmé, Proust, Joyce révèlent que cette association entre littérature et philosophie est non seulement possible mais encore harmonieuse, tant l'une se nourrit de l'autre. La légitimité d'un tel rapport est prouvée historiquement par l'ancienne unité de la poésie et de la philosophie. Le problème de la relation art et philosophie préoccupait Nietzsche qui écrivait dans Le Livre du philosophe : « Grand embarras de savoir si la philosophie est un art ou une science. C'est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science. » Lire tout l'article...

Mihaela-Genţiana STĂNIŞOR
Răzvan ENACHE




Mots-clefs : métaphore et concept, le fragmentaire, l'autre, le rêve, le vide, Cioran, la solitude, le mal, l'être, le destin, le bonheur